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VIES INTERIEURES
4ème de couverture
Vies Intérieures est un livre de la nouvelle série d'ouvrages
publiés par la Tavistock
Clinic, le célèbre centre
de consultations, de formation et de recherche londonien. Ces
ouvrages, destinés à un large public, couvrent l'ensemble
des activités de ses départements, groupes de travail
et séminaires de recherche.
- Vies Intérieures est
au coeur de la réflexion et du travail de la Tavistock Clinic. Ce livre a aussi pour dessein de rendre la théorie
psychanalytique plus vivante et accessible à un plus grand
nombre de lecteurs que ceux qui en sont familiers. Ainsi nous
est contée dans les termes les plus simples la plus complexe
des histoires : celle du développement intérieur
de l'être humain au cours de sa vie.
En suivant les phases essentielles du développement
depuis les tout premiers jours de la petite enfance jusqu'à
ceux vénérables de la vieillesse, Margot Waddell explore
avec beaucoup de clarté ce qui, dans l'expérience
de l'être humain, lui est indispensable pour sa croissance
psychique et émotionnelle, et ce qui au contraire va aller
à l'encontre de cette croissance.
- Mêlant tour à
tour exemples cliniques et illustrations non cliniques de la
littérature générale, Vies Intérieures offre une introduction à la pensée
psychanalytique contemporaine et propose une approche vivante
et personnelle de la question difficile du développement
de la personnalité.
L'auteur
: Psychanalyste et psychothérapeute d'enfants, Margot Waddell
consulte au Département Adolescent de la Tavistock Clinic. Avec
Nicholas Temple, elle co-dirige la nouvelle collection d'ouvrages
de la Tavistock (Tavistock Clinic Series).
Traduction
: Marie-Christine Réguis-Simeloff
Illustration de couverture : Racines, eau-forte de Meg
Harris Williams (1979)
224 pages format 16 x 24 cm
22,50 Euros
Sommaire
Préface
Une note d'histoire
Introduction
- Chap.1 États d'esprit
- Chap.2 Au commencement
- Chap.3 La première enfance : le
contenant et la rêverie
- Chap.4 La première enfance : Les
défenses contre la douleur
- Chap.5 La petite enfance : le sevrage
et la séparation
- Chap.6 La période de latence
- Chap.7 Les modèles d'apprentissage
- Chap.8 La famille
- Chap.9 La puberté et les débuts
de l'adolescence
- Chap.10 La mi-adolescence : un exemple
clinique
- Chap.11 La fin de l'adolescence : vies
fictives
- Chap.12 Le monde adulte
- Chap.13 Les dernières années
Appendice
Bibliographie
Index
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Vies Intérieures
Psychanalyse
et développement de la personnalité
Introduction
Margot Waddell
Je me propose, dans ces pages, de raconter
une histoire, à bien des égards, fort simple. Narrée
de mon point de vue, elle a ses racines dans une tradition psychanalytique
particulière, celle de la pensée kleinienne et post-kleinienne,
et son fondement dans le travail que je poursuis depuis les vingt-cinq
dernières années. C'est, par ailleurs, une histoire
d'une infinie complexité : celle de la façon dont
grandit un individu ou, peut-être, d'une façon d'envisager
comment grandit un individu. Le narratif ne suit pas l'orthodoxie
développementale, ni même ne présente une
vue exhaustive de la manière dont la théorie psychanalytique
pourrait faire un exposé explicatif de ces questions. Je
m'essaie plutôt à tracer le déroulement de
l'histoire intérieure d'un individu, de sa vie intérieure,
de la manière dont il devient plus ou moins capable de
faire une expérience qui lui soit propre.
Une perspective sur l'avenir du développement
plutôt qu'un regard en arrière sur les sources possibles
des symptômes est ce qui caractérise d'emblée
l'oeuvre de Klein. Puisant dans les innovations de sa technique
d'analyse du jeu des enfants, elle développe l'oeuvre de
Freud, insistant sur la force omniprésente des pulsions
infantiles dans la vie de l'adulte et sur la richesse et la complexité
de la vie de l'esprit. Celle-ci est en activité continue,
même en dehors de la zone de la conscience activité
que Klein nomme "phantasme inconscient". Elle suggère
que le développement humain n'est pas tant une question
d'évolution d'un stade psycho-sexuel à un autre,
selon la vue de Freud, que de différents états d'esprit,
chacun caractérisé par des défenses particulières,
des angoisses et des qualités de relations.
Klein s'intéresse tout particulièrement
à la nature des facteurs qui permettent à l'enfant
d'acquérir le goût de la vie, de développer
des rapports précieux et sûrs, une curiosité
saine et une forte capacité d'imagination. Elle écoute
parler les jeunes enfants et prête grande attention à
ce qu'ils expriment par l'intermédiaire de leur jeu. Elle
suit leurs pensées, leurs fantasmes et leurs idées,
liés non seulement à leur quotidien, mais celles
ou ceux qui ont trait tout particulièrement aux questions
internes à ce qui se passe à l'intérieur
de leurs propres corps et de ceux de leurs mères. Elle
brosse en conséquence un tableau extraordinairement frappant
de la diversité de la vie intérieure du jeune enfant,
et par inférence, de celle du bébé. L'esprit
devient une sorte de théâtre interne où prend
forme la signification des expériences externes et où
se joue un matériel de contes de fée. C'est la conviction
de Klein que ce ne sont pas tant les pulsions biologiques qui
façonnent l'individu dès le départ, mais
les relations ayant leur origine dans les premiers échanges
entre la mère et le nourrisson.
Je m'intéresse aussi au développement
créatif ordinaire de l'individu. Ce sont bien souvent les
aspects les plus perturbés de la croissance qui, non seulement
demandent qu'on leur porte attention, mais aussi éclairent
les processus du quotidien. J'espère que les différents
aspects des différentes existences auxquelles j'ai le privilège
de me référer, soit directement, soit par l'intermédiaire
de mes collègues, offriront un aperçu des concepts
théoriques qui sous-tendent cette manière de penser
et traduiront ce que c'est que de penser de façon psychanalytique
ou de façon parentale. Ce qui n'est certes pas la même
chose, mais le processus de croissance, intérieure tout
autant qu'extérieure, dans son extraordinaire difficulté,
a des points communs avec le processus psychanalytique et c'est
ce que je vais tracer dans ces pages. Il y a dans les deux cas
des objectifs en commun : la connaissance de soi et la capacité
à intégrer, autant que possible, le sentiment du
soi.
Dans ce qui suit, l'accent est moins mis
sur les détails observables de telle ou telle interaction
particulière que sur le sens de cette interaction dans
le monde intérieur de l'individu en question. La notion
de monde intérieur est une chose admise pour les psychanalystes,
mais il est important d'essayer de clarifier ce que l'on entend
par là, compte tenu de la position centrale qu'elle occupe
dans un ouvrage de cette sorte. La psychanalyste Joan Rivière,
décrivant la perspective kleinienne, l'exprime très
clairement :
- "Quand on parle du monde intérieur
on n'entend naturellement pas par là une réplique
en nous du monde extérieur. Le monde intérieur
est exclusivement un univers de relations personnelles où
rien n'est extérieur, dans la mesure où tout ce
qui s'y passe se réfère au soi, à l'individu
dont il fait partie. Il est formé uniquement sur la base
des désirs de l'individu pour autrui et de ses réactions
à autrui en tant qu'objet de désir. Cette vie intérieure
débute au moins à la naissance, et la relation
que l'on entretient avec son monde intérieur suit son
propre développement dès la naissance, tout comme
celle que l'on entretient avec le monde extérieur... L'amour
et la haine que l'on porte à autrui se rapportent donc
autant (et plus sommairement) à cet aspect interne qu'aux
individus extérieurs à soi." [1952, p.162]
On se doit de faciliter l'accès à
des idées psychanalytiques si complexes. Se lancer dans
cette démarche s'est révélé être
un défi bien plus grand que je ne le pensais. Il y a encore
beaucoup à comprendre. On pourrait, en fait, avancer que
la psychanalyse n'en est qu'à ses débuts dans l'exploration
de ce que Freud décrit quelque part comme "le plus
merveilleux et le plus mystérieux de tous les instruments
: l'esprit humain". Je n'use pas de ces idées ici
pour expliquer la nature humaine, mais pour décrire certaines
de ses qualités et de ses caractéristiques. Les
philosophes et les écrivains ont abordé ces mêmes
questions au cours des siècles, et c'est une des raisons
pour lesquelles j'ai si souvent eu recours à la poésie,
à l'art dramatique et à la fiction, pour y trouver
un langage différent, d'une plus grande résonance
qui puisse traduire ces questions. Se tourner vers la littérature
souligne en outre l'importance de l'imagination et de la perception
[understanding] pour la croissance personnelle ainsi que
l'étroit rapport entre la capacité à penser
et la capacité à former des symboles et à
formuler le sens de l'expérience. L'approche psychanalytique
peut trop aisément passer de la description à l'explication
un danger que relève Wordsworth :
- "Mais qui morcellera par règle
- Géométrique son esprit...
- Qui dira, la montrant comme d'une baguette
:
- Cette part-là de la rivière
de mon âme
- Vint de cette fontaine ?" [Prélude, II, 203-210]
Cet ouvrage examine la façon dont
la psychanalyse peut éclairer non pas tant les événements
marquants du développement, que la croissance de la conscience
individuelle, quelque chose d'aussi insaisissable que le développement,
la croissance morale et émotionnelle du soi et le caractère.
La description de ces processus, par rapport à l'expérience
de bébés, d'enfants, d'adolescents et d'adultes
individuels, éclairera en retour, je l'espère, les
théories elles-mêmes.
Le fait qu'il semble exister une pulsion
de développement chez tout individu et chez tout patient
va à l'encontre de l'opinion selon laquelle l'adversité,
à un certain stade ou à un certain âge, est
nécessairement déterminante. Les mesures défensives
qu'adopte l'individu à des fins de survie psychique à
un moment quelconque de la vie, peuvent l'emprisonner à
l'intérieur d'un mode régressif ou protecteur, ou
peuvent constituer une opération pour se tenir [holding],
auquel cas il sera possible qu'elles se relâchent sous l'influence
d'expériences ultérieures plus positives. Le développement,
autrement dit, ne se poursuit pas de façon régulière.
La capacité à se développer,
à faire l'expérience de sa vie de telle manière
que l'on puisse apprendre d'elle tout autant qu'apprendre à
son sujet, est liée à une multitude de facteurs
conjugués, et pour lesquels la théorie psychanalytique
offre certains concepts et mécanismes descriptifs majeurs.
L'examen de ces concepts par rapport au vécu de l'individu,
à différents âges et dans différents
états d'esprit, fournira les éléments de
base du tableau développemental présenté
dans ces pages, un tableau qui traduira la façon dont le
sentiment qu'a l'individu du monde et de lui-même-dans-le-monde
vient à faire sens et à prendre définition.
Ben Nicholson (1984) rapporte sa notion
de ce que c'est que d'enseigner l'art :
- "Il s'agit avant tout de découvrir
le génie artistique de l'individu (qui existe en chacun,
mais souvent profondément enfoui) et de le libérer.
Il s'agit, je suppose, de faire en sorte que quelqu'un (ou en
fait soi-même) s'éveille davantage à la vie."
Ses mots traduisent parfaitement l'intérêt
qui me porte à écrire ce livre et, en fin de compte,
l'intérêt que je porte à la psychanalyse elle-même.