Un étrange itinéraire psychanalytique - Oedipe roi
Cléopâtre Athanassiou-PopescoMythologie, psychanalyse et littératureParution : 1999
Format : 16X24cm 256 pages
Après une analyse des thèses défendues par les mythologues sur la pièce et sur la légende, et une reprise des thèses des psychanalystes sur le sujet, l’auteur étudie pas à pas, avec la précision du littéraire, l’Œdipe Roi de Sophocle, à la manière d’une thèse personnelle sur la pièce où est mise en évidence l’existence de composantes narcissiques qui sont généralement passées sous silence.
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UN ÉTRANGE ITINÉRAIRE
PSYCHANALYTIQUE : OEDIPE ROI
4ème de couverture
Un Étrange Itinéraire
Psychanalytique : Oedipe Roi est
un livre qui s'ordonne en trois étapes reprenant les trois
directions possibles de son étude. Il s'agit d'abord de
la direction mythologique : Cléopâtre
Athanassiou-Popesco analyse les thèses
défendues par les mythologues sur la pièce et sur
la légende. Il s'agit ensuite de la direction psychanalytique
: sont reprises les grandes thèses psychanalytiques sur
ce sujet. Il s'agit enfin d'une étude à direction
psychanalytique mais dont la précision se veut littéraire
: là, l'Oedipe Roi de Sophocle fait l'objet d'une
analyse pas à pas de son développement, tandis que
l'auteur conserve pour ce faire la structure d'une thèse
personnelle sur la pièce où est mise en évidence
l'existence de composantes narcissiques qui sont généralement
passées sous silence.
Psychanalyste d'enfants
et d'adultes, membre de la Société Psychanalytique
de Paris, Cléopâtre
Athanassiou-Popesco
est l'auteur de nombreux ouvrages et articles. Elle a notamment
publié :
Ulysse, une odyssée psychanalytique (Césura, 1986), L'enfant et la crèche
(avec Anne Jouvet, Césura, 1987), Aux sources de la
vie psychique (Césura, 1989), Introduction à
l'étude du surmoi (Césura, 1995), Le surmoi
(PUF, 1995), Penser le mythe (Delachaux et Niestlé,
1996), La défense maniaque (PUF, 1996), Bion
et la naissance de l'Espace Psychique (Popesco, 1997), Le
concept de Lien en Psychanalyse (PUF, 1998).
256 pages 16 x 24 cm 22,87
Euros
Illustration de couverture à partir
du Vase de Gela
Sommaire
Introduction
Ière Partie
– Du Poète au Mythologue
- I-1 Friedrich Höderlin et Karl Reinhardt
- I-2 Marie Delcourt
- L'enfant exposé Le meurtre
du père La victoire sur la Sphinx
- L'énigme Le mariage avec
la princesse L'union avec la mère
- I-3 Jean-Pierre Vernant
IIème Partie
– Le Point de Vue Psychanalytique
- II-1 Oedipe victime du passé
- Le transgénérationnel
L'envie de la jeunesse L'homéostasie des parents
- II-2 Oedipe La scène intérieure
- II-3 Le narcissisme La Sphinx
La connaissance énigmatique
- II-4 Freud et Klein Le complexe
d'Oedipe
- Melanie Klein La position dépressive
- Freud 1923 : 'La disparition du
complexe d'Oedipe'
- II-5 Argument
IIIème Partie
– Oedipe Roi
- III-1 Oedipe Le Prêtre
- III-2 La sanction divine Le Choeur
- III-3 La sanction humaine
- III-4 Tirésias Le Choeur
- III-5 Créon
- III-6 Jocaste Le Choeur
- III-7 Le Messager Le Choeur
- III-8 Le Serviteur Le Choeur
- III-9 Final
Conclusion
Bibliographie
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Un Étrange itinéraire
psychanalytique : Oedipe Roi
Introduction
Cléopâtre Athanassiou-Popesco
L'écriture de ce livre constitue
à la fois un retour et une avancée. Elle est un
retour sur les origines de la pensée psychanalytique puisque
Freud a puisé dans l'Oedipe Roi de Sophocle le contenu
d'une fiction qui est entrée en résonance avec les
intuitions de son auto-analyse et l'expression des fantasmes de
ses patients. Il a découvert dans cette conjoncture le
noyau qui structure tout le développement psychique, le
complexe d'Oedipe. Freud n'a cependant pas calqué son "Oedipe"
sur celui de la pièce car ce dernier a mis en acte pour
se le remémorer ce que nous pourrions désigner à
présent comme une moitié la moitié
dominante des désirs oedipiens : Oedipe a tué
son père puis épousé sa mère. La clinique
nous met en présence d'une plus grande complexité
associée à l'existence de l'autre moitié
qui double toujours ce versant dit "positif" : en même
temps qu'il veut épouser sa mère et se débarrasser
de son père, le petit garçon, candidat aux aléas
et aux difficultés du développement psycho-sexuel,
aime son père et veut éliminer sa mère qui
se place en rivale. Naît alors un conflit entre des sentiments
contradictoire dirigés vers le même objet et qui
se tient au coeur de toute résolution de la crise oedipienne.
Ce conflit n'est pas au premier plan dans la pièce.
L'ensemble des études psychanalytiques
qui ont pris corps depuis l'invention de la psychanalyse nous
a permis de juger de plus en plus du caractère non seulement
incontournable du conflit oedipien mais aussi précieux,
à des niveaux de l'organisation psychique qui ne cessent
de se multiplier. Il faut un certain nombre de conditions pour
que le conflit oedipien puisse prendre dans la psyché une
forme qui se maintient et qui offre dans sa durée des possibilités
de résolution partielle. Ces conditions font l'objet d'études
psychanalytiques de plus en plus poussées. Ma thèse
développera ce qui s'oppose à toute résolution
de la crise oedipienne, et je trouverai les racines de cette obstruction
dans l'organisation narcissique de la personnalité. Le
duel entre la tentative de dépassement de la crise oedipienne
et l'organisation narcissique se prolonge la vie durant, car si
le narcissisme naît avec la vie elle-même, il ne meurt
aussi qu'avec elle ; et si la formation d'une constellation oedipienne
ne s'affirme que sur les soubassements que j'évoque ici,
elle n'est jamais "détruite" comme Freud aimait
à le croire. Elle met ses acquis en avant pour demeurer
elle-même toujours en latence jusqu'à son prochain
surgissement. Ma thèse qui situe le personnage d'Oedipe
dans le temps, fera de lui un être aux prises avec une des
ultimes éditions de la crise oedipienne, en proie à
un double conflit : celui qui est au coeur du Complexe lui-même
et celui qui l'oppose à son organisation narcissique. Ma
lecture de la pièce, qui part essentiellement d'un point
de vue intra-psychique, se proposera de mettre en évidence
l'échec tragique de cette dernière lutte.
L'écriture de ce livre, si donc elle
constitue un retour aux fondements de la psychanalyse, tente en
même temps de s'appuyer sur les acquis de son développement,
pour laisser la pièce de Sophocle nous parler également
d'un problème aussi universel que celui de la crise oedipienne
: celui de l'organisation narcissique qui en interdit la résolution.
J'ai désiré faire précéder
l'analyse personnelle que je fais de la pièce de l'étude
critique des textes que nous ont légué les mythologues
d'abord, les psychanalystes ensuite. Vis-à-vis de ceux-ci,
j'ai l'espoir que l'ensemble des références que
j'évoque et que je rassemble selon quelques grandes directions
d'analyse, permettra au lecteur de juger en quoi je m'approche
et en quoi je me distingue de ces derniers. Vis-à-vis des
mythologues, je crois que mon écrit aura permis de mettre
trois points en évidence. Il s'agit d'abord de l'hommage
que je rends au savoir qu'ils possèdent en experts sur
les données mythologiques. Eux seuls sont capables de juger
de la formation d'un mythe à partir de ses différentes
composantes issues de temps et d'espaces différents. Sur
ce point le psychanalyste n'a rien à redire. Il ne peut
que se laisser nourrir par la richesse de la reconstitution mythologique.
Il s'agit ensuite de l'interprétation
du mythe lui-même, laquelle, comme toute interprétation,
est un pont lancé entre un fait, ou l'expression d'un fait
inconnu, et l'organisation psychique ou conceptuelle qui l'appréhende.
Là le psychanalyste a son mot à dire puisqu'il prétend
que le mythe est l'expression d'un fait humain et qu'il a en son
esprit l'outil qu'il a forgé dans la clinique de l'analyse
des faits humains, inconnus à la conscience.
Il s'agit enfin du dernier point portant
sur l'accusation de réductionnisme dont les mythologues
et les analystes s'accusent mutuellement, l'analyste prétendant
que le mythologue n'utilise que son érudition pour analyser
les mythes, donnant à son étude une qualité
de surface qui, si elle s'approfondit, ne peut aller au-delà
de l'analyse psychologique, car le mythologue n'est pas à
même de se servir des concepts que fournit au psychanalyste
l'étude associée à l'expérience issue
du contact avec l'inconscient de l'autre et par conséquent
de lui-même. Le mythologue à son tour critique dans
le psychanalyste celui qui oublie la complexité de toute
analyse et qui s'empare d'un concept tiré de l'étude
de l'inconscient pour l'appliquer à un domaine qui, de
par sa complexité même, possède de vastes
pans qui lui sont hétérogènes.
J'espère que le travail que j'entreprends
ici permettra d'adopter une perspective dans laquelle chacun des
deux partis saura non seulement rendre hommage à l'autre
et le reconnaître dans sa différence, mais saura
également reconnaître l'autre à partir d'une
réflexion portant sur ce que révèle d'inconnu
la complexité qu'il découvre en son propre domaine.
La spécificité de chacun s'ouvre ainsi sur la capacité
de reconnaître que la vérité intuitive peut
venir d'ailleurs.