» Fermer
LE PROCESSUS D'EVALUATION
DANS LA PSYCHOTHÉRAPIE D'ENFANTS
4ème de couverture
Le Processus d'Évaluation
dans la Psychothérapie d'Enfants est
un livre de la nouvelle série d'ouvrages publiés
par la Tavistock Clinic, le célèbre centre de consultation,
de formation et de recherche londonien. Ces ouvrages, destinés
à un large public, couvrent l'ensemble des activités
de ses départements, groupes de travail et séminaires
de recherche.
Les professionnels de la
santé mentale ont besoin de pouvoir explorer et identifier
la nature précise des problèmes d'un enfant, d'un
adolescent, d'une famille, afin de proposer l'aide la mieux appropriée.
Après un regard historique sur la
psychothérapie d'enfants et la description du Modèle Tavistock de l'évaluation, neuf articles largement illustrés d'exemples
cliniques sont proposés à la réflexion du
lecteur. Il pourra ainsi suivre dans des cadres variés
(consultations brèves, travail familial exploratoire...
) le travail d'évaluation du ou des thérapeutes
auprès de ces enfants et adolescents (et leurs familles),
souffrant de troubles divers, allant de difficultés de
communication, d'apprentissage ou de comportement à des
troubles graves - anorexie, autisme, carences, psychoses, abus,
risque suicidaire.
Au coeur du processus d'évaluation,
il y a :
"la rencontre avec ce qui n'est
pas connu ; une rencontre qui génère une angoisse
intense pour le patient et le thérapeute que le cadre
devrait rendre le plus tolérable possible..." (Margaret
Rustin)
"l'exploration de la relation qui
se crée entre le thérapeute et le patient. La façon
dont le jeune perçoit la capacité du professionnel
à l'aider, donnera un aperçu de la capacité
interne du jeune à utiliser une aide." (Robin
Anderson)
Le livre est réalisé sous
la direction de Margaret
Rustin et de Emanuela Quagliata.
Margaret Rustin est psychothérapeute d'enfants à la
Tavistock Clinic où elle préside le Comité
Professionnel et a la responsabilité du Cours Clinique
de formation à la psychothérapie psychanalytique
pour enfants.
Emanuela Quagliata est psychothérapeute d'enfants et psychanalyste
à Rome.
Les auteurs des différents articles : Anne Alvarez, Robin Anderson, Beta
Copley, Jeanne Magagna, Lisa Miller, Maria Rhode, Judith Trowell
et Margot Waddell sont psychothérapeutes
d'enfants ou psychiatres psychanalystes à la Tavistock Clinic.
Le Processus d'Évaluation
dans la Psychothérapie d'Enfants
Traduction
de Marie-Christine Réguis-Simeloff
224 pages format 16 x 24 cm
23 Euros
ISBN 2-912186-20-X
Sommaire
Préface Nicholas Temple et Margot Waddell
Histoire d'un livre L'éditeur
Regard introductif sur l'évaluation
- Les prémices historiques de la
psychothérapie d'enfants Emanuela Quagliata
- Le processus d'évaluation
Le modèle Tavistock Margaret Rustin
L'évaluation d'enfants gravement perturbés
- Chap. 1 L'évaluation d'enfants
souffrant de troubles de la communication Maria Rhode
- Chap. 2 Les enfants borderline Différencier
trouble et déficit Anne Alvarez
- Chap. 3 Les troubles graves de l'alimentation
Attaques contre la vie Jeanne Magagna
Les enfants traumatisés et leurs familles
- Chap. 4 Les conséquences d'un effondrement
familial L'évaluation d'enfants souffrant de carences,
traumatismes et pertes multiples Margaret Rustin
- Chap. 5 L'évaluation d'enfants
victimes d'abus sexuels Judith Trowell
Les Approches familiales
- Chap. 6 Un service de consultations brèves
pour les enfants de moins de cinq ans Lisa Miller
- Chap. 7 Le travail exploratoire dans un
contexte familial Beta Copley
Les adolescents
- Chap. 8 L'évaluation des adolescents
Trouver un lieu où penser Margot Waddell
- Chap. 9 L'évaluation du risque
d'autoagression chez les adolescents Robin Anderson
Références bibliographiques
Index des sujets
Index des noms
» Fermer
LE PROCESSUS D'EVALUATION
DANS LA PSYCHOTHERAPIE D'ENFANTS
Le processus d'évaluation
– Le modèle Tavistock
Margaret Rustin
Cet ouvrage se base sur les modèles d'évaluation
en psychothérapie appliqués à la Tavistock
Clinic. Une grande part de ce travail a nombre de points en commun
avec la pratique professionnelle que l'on rencontre dans les services
de santé mentale pour enfants et adolescents, mais il existe
des traits distinctifs dans l'approche qui lie les auteurs, une
sorte d'"air de famille" dans leurs modes de pensée,
qui se rapporte au cadre de référence psychanalytique
sous-jacent qui est le leur. Cette introduction va tenter de donner
une vue d'ensemble du cadre de notre travail clinique et de décrire
des aspects essentiels de notre théorie et de notre pratique.
Il importe tout d'abord de faire remarquer
que ce travail a lieu dans le cadre du service de santé
national [National Health Service]. Tout en offrant l'expertise
de spécialistes et un niveau de possibilités en
soins psychothérapiques peu communs en raison de sa réputation
régionale et nationale, et de son importante fonction de
formation, la Tavistock est en même temps en mesure d'avoir
une approche clinique ouverte et adaptée aux services locaux.
Nous allons décrire des interventions à court et
à plus long terme de patients hospitalisés, ou venant
consulter à la Clinique, dont les âges varient du
très jeune enfant non encore scolarisé à
l'adolescent.
L'équipe pluridisciplinaire qui représente
l'essentiel du dispositif de santé mentale pour enfants,
adolescents et leurs familles au sein du service de santé,
peut être différemment constituée selon les
lieux de soins. Les infirmières, par exemple, ont un rôle
beaucoup plus important dans les services hospitaliers, et un
large éventail de professionnels peuvent bien entendu procéder
aux évaluations : psychiatres, psychologues cliniciens,
psychothérapeutes pour enfants, infirmières cliniciennes
spécialisées, assistants sociaux, thérapeutes
de famille, etc. Les auteurs qui ont contribué à
cet ouvrage ont tous suivi une formation spécialisée
en psychothérapie pour enfant et adolescent. Certains sont
par ailleurs psychiatre-consultant, d'autres ont également
une formation en psychothérapie pour adultes. Tous ont
des responsabilités majeures dans la formation des futurs
psychothérapeutes d'enfant et des chefs de clinique spécialisés
en psychiatrie pour enfant et adolescent. Leur pensée se
nourrit ainsi d'une expérience de supervision d'une grande
richesse en plus de leur travail direct avec les patients. Les
personnes qui se forment à la Tavistock viennent de tout
le Royaume-Uni ainsi que de nombre de pays étrangers, et
cela contribue à élargir encore l'éventail
des pressions et préoccupations cliniques.
Ces modèles de travail sont également
pertinents pour ce qui concerne l'exercice dans le privé.
(La première version de cet ouvrage a été
publiée en Italie où la psychothérapie n'est
guère disponible dans le secteur public). L'accent que
nous plaçons sur l'évaluation de l'enfant ou de
la jeune personne dans son contexte - famille, école, collège,
groupe de pairs, communauté - et l'importance de la collaboration
avec les autres services, signifie que les praticiens privés
ont à créer des structures professionnelles capables
de soutenir cette approche nécessaire aux multiples facettes.
Il est extrêmement difficile à un professionnel isolé
de prêter attention de manière appropriée,
à la fois aux facteurs internes et externes, et à
l'enfant et aux parents.
L'objectif de l'évaluation telle
qu'elle est conceptualisée dans cet ouvrage est triple.
Tout d'abord, comme beaucoup de chapitres le soulignent, chercher
à affiner les moyens d'évaluer est une tâche
professionnelle essentielle, surtout si les maigres ressources
psychothérapeutiques dont on dispose peuvent avoir un impact
significatif sur un cas particulier. Nous croyons par ailleurs
qu'une exploration à teneur psychothérapeutique
de l'état d'esprit d'un enfant peut être un élément
précieux au cours d'une évaluation plus large, qu'il
s'agisse par exemple d'une demande des services sociaux pour un
conseil avant placement, ou de la préoccupation de parents
et d'enseignants en matière d'éducation, ou encore
de déterminer un risque d'autoagression ou autre comportement
violent. L'étude de l'état interne de l'enfant entreprise
au cours de séances d'évaluation individuelles offre
une information d'un genre différent de celle que l'on
obtient par l'intermédiaire d'autres modes d'évaluation.
Les éléments du monde intérieur complètent
ce que l'on peut recueillir à partir de sources externes
et la conjonction de ces deux aspects va permettre d'envisager
plus finement les interventions nécessaires. Nous suggérons
enfin qu'une évaluation est un processus important en soi
- qu'elle n'est pas faite juste pour autre chose et mérite
d'être considérée comme une intervention brève
à potentiel thérapeutique. Dans cet esprit, l'ouvrage
classique de Winnicott La Consultation Thérapeutique et
l'Enfant (1971) est peut-être l'exemple le plus connu. Certes,
nous n'avons pas tous le génie intuitif de Winnicott et
nous pourrions aussi nous interroger sur la façon dont
il se fie à sa propre réponse émotionnelle
à l'enfant. Mais il n'en reste pas moins clair que, parfois,
un bref contact allant vraiment au cur de ce qui se passe à
cet instant-là peut faciliter un important changement.
Des cliniciens expérimentés ont continué
d'explorer le potentiel d'interventions brèves de toutes
sortes (Harris, 1966 ; Daws, 1989 ; Hopkins, 1992 ; Dartington,
1998). Si l'on peut créer une atmosphère dans laquelle
l'enfant et la famille ont le sentiment qu'ils sont pris en compte
par le thérapeute, et qu'ils cherchent avec ce dernier
ce qui ne va pas, la mobilisation potentielle des capacités
de pensée et de compréhension chez le patient est
préservée. Le travail à court terme dépend,
essentiellement, du sentiment que la tâche est partagée.
La contribution du thérapeute est de fournir un élément
manquant essentiel qui puisse faire redémarrer le processus
de développement chez les individus et les familles.
Le développement des paradigmes de
thérapie familiale a également accru les différentes
façons de concevoir l'évaluation d'enfants perturbés.
La compréhension des interconnexions complexes entre les
problèmes que rencontre un enfant particulier et le fonctionnement
de la famille dans son ensemble s'est élargie. Le travail
avec l'ensemble de la famille joue souvent un rôle dans
une évaluation élargie, et que l'on rencontre ou
non le groupe familial dans son ensemble, le thérapeute
essaiera de garder à l'esprit une idée de sa constitution,
de son style et de son histoire dans ses réflexions sur
l'enfant en particulier. La famille telle qu'elle est appréhendée
par l'enfant ne sera pas la même que celle que l'on observera,
mais les divergences entre deux perspectives présentent
un intérêt tout particulier. La coopération
entre les thérapeutes d'enfants et les thérapeutes
familiaux est un champ de découverte mutuelle et de développement
depuis les vingt-cinq dernières années (Kraemer,
1997 ; Lindsey, 1997 ; Reid, 1999). Les exemples d'évaluation
en tant qu'intervention brève s'inspirent tout particulièrement
de cette convergence. (Voir les chapitres de Miller et Copley.)
Nous avons souligné de quelle manière
le travail d'évaluation des psychothérapeutes se
trouve imbriqué dans une culture professionnelle plus large
; il nous faut maintenant relever certains des aspects particuliers
qu'apporte notre formation en psychothérapie psychanalytique.
Des convictions fondamentales sous-tendent les techniques particulières
employées lors des premiers contacts avec les patients.
La plus importante est que l'observation attentive et détaillée
est la base de la compréhension clinique. Cela commence
par l'observation de l'usage que fait le patient du cadre qui
lui est offert - le rapport à la salle d'attente, à
la salle de consultation, aux jouets et autres matériels
qui sont fournis, et avant tout la relation au thérapeute
lui-même. Où l'enfant choisit-il de se placer ? Que
regarde-t-il ? De quelle manière réagit-il à
ce que dit le thérapeute ? De quelle façon habite-t-il
son propre corps - semble-t-il agité, mal à l'aise,
excitable, détendu, contracté ? Les psychothérapeutes
pour enfants sont formés à observer avec force détails
les interactions entre les bébés et les jeunes enfants
et ceux qui s'occupent d'eux. Cette observation naturaliste et
littérale au cours de laquelle jugement et attribution
de sens sont maintenus le plus possible à distance, est
une ressource précieuse car elle permet de rassembler un
riche matériel lors des séances d'évaluation,
et de garder l'esprit le plus ouvert possible. L'instrument sur
lequel nous nous appuyons n'est pas mécanique, comme un
appareil de radioscopie ; il s'agit plutôt de notre propre
aptitude à enregistrer dans notre esprit tout un ensemble
d'observations qui puissent en temps voulu et une fois soumises
à la réflexion, prendre forme et sens. La possibilité
d'échanger sur le travail en cours avec des collègues
expérimentés est un facteur de sécurité
crucial permettant de nous assurer que nos observations sont complètes
et impartiales, non déformées par nos propres préjugés,
limites, intérêts professionnels particuliers, etc.
Ce processus de réflexion secondaire sur les premières
impressions est un aspect central du bon exercice de l'évaluation.
Les cliniciens expérimentés s'appuient parfois sur
leurs propres capacités d'auto-supervision, intériorisées
au fil des ans, mais le processus d'évaluation d'un enfant
ou d'un adolescent et de sa famille est d'une telle complexité
que consulter les collègues est de toute importance.
Le cadre clinique doit être aussi
simple et consistant que possible. Il n'est pas possible d'attribuer
un sens à la manière différente qu'aura un
enfant de réagir à l'égard d'un thérapeute
d'une séance à une autre si le thérapeute
a modifié le cadre. La même salle, protection contre
les interruptions, des rendez-vous fixés à l'avance,
le respect de l'heure de début et de fin de séance,
sont des facteurs qui permettent d'examiner la manière
dont réagit l'enfant à l'intérieur d'un cadre
raisonnablement constant. Cet espace physique et ce temps protégés
procurent le cadre qui va permettre au thérapeute de fournir
ce qui est essentiel - un espace mental non encombré au
sein duquel puisse être contenu l'impact émotionnel
de la séance.
Recueillir le matériel nécessaire
pour réaliser une évaluation profitable peut prendre
plus ou moins de temps. La flexibilité de l'approche est
bien entendu plus difficile pour les cliniciens - un modèle
standard plus automatique demande moins de réflexion au
cas par cas - mais la flexibilité est de toute importance
pour arriver à comprendre véritablement les problèmes
cliniques et pour s'assurer que les patients seront traités
avant tout comme des êtres humains particuliers dans toute
leur complexité. Une réceptivité imaginative
aux besoins des patients au cours de l'exploration initiale est
facilitée par la solidité de la structure externe,
telle qu'elle a été décrite ci-dessus, car
elle constitue une sécurité de base pour le thérapeute.
La rencontre avec ce qui n'est pas connu est au cur d'une évaluation
et ceci implique une angoisse intense pour patient et thérapeute
que le cadre devrait rendre le plus tolérable possible.
Les techniques décrites dans ces
pages dérivent toutes de la compréhension du rôle
central du transfert dans les relations humaines. Le lieu de consultation
et le thérapeute non encore familiers et les difficultés
émotionnelles du patient font un tout qui suscite de puissants
schémas de communication inconscients. En plus de procurer
à l'enfant l'occasion d'exprimer consciemment ce qu'il
a en tête, de raconter son histoire telle qu'il la voit,
il est possible d'observer d'autres niveaux de signification.
La façon dont un enfant va réagir à un auditeur
réceptif et observateur peut nous donner une vue d'ensemble
de ses idées sur le monde, de ses convictions intimes sur
lui-même et sur les autres, et dont certaines seront tout
à fait étrangères à sa pensée
consciente. S'attend-il à être compris ou non, à
être cru ou être traité avec méfiance,
à plaire ou à déplaire, à être
digne d'attention ou dépourvu d'intérêt ?
La séance témoignera des sentiments et croyances
inconscients de l'enfant mais suscitera également des réponses
chez le thérapeute. Les sentiments de ce dernier, auxquels
il est aujourd'hui souvent fait allusion de manière un
peu floue en termes de "contre-transfert", demandent
une réflexion attentive ; analysés de manière
rigoureuse, ils peuvent souvent fournir d'importantes données
supplémentaires. Les sentiments qui ont leur origine dans
le monde personnel du thérapeute doivent être mis
de côté. Un patient dont les problèmes ressemblent
un peu trop aux nôtres ou à ceux de nos enfants,
ou dont l'histoire évoque nos propres angoisses, représentera
un défi particulier. Il nous faut être conscients
de nos propres faiblesses. Le zèle thérapeutique,
par exemple, peut provenir d'une auto-idéalisation de nos
capacités professionnelles et peut déformer notre
jugement clinique. Nous parlons là de sentiments basés
sur le contre-transfert dont il nous faut être conscients
afin de pouvoir les mettre de côté. Il y a cependant
des sentiments éveillés en nous qui proviennent
de l'impact du patient sur nous. Quand le thérapeute a
conscience de sentiments inattendus, il lui faut les considérer
comme un indice important de l'état d'esprit du patient.
Le pouvoir subtil de l'identification projective en tant que forme
de communication (Bion, 1962) sous-tend ces phénomènes.
S'il nous vient à l'esprit que la
psychothérapie pourrait être une recommandation appropriée,
il est très utile de donner au patient un aperçu
de ce que cette approche implique et d'en noter l'impact sur lui.
Est-ce que cet enfant se sent aidé ou a l'impression que
l'on s'en prend à lui quand on suggère des liens
entre une chose et une autre ? Semble-t-il s'intéresser
à son esprit, à la façon dont il pense et
éprouve des sentiments, ou, à un niveau plus primitif,
semble-t-il réagir positivement à l'idée
qu'autrui - un thérapeute - puisse s'intéresser
à lui ? Une remarque sous forme d'interprétation
mène-t-elle à une ouverture et à un approfondissement
de la communication, ou à un gel de celle-ci, à
un évitement défensif ? Au niveau le plus profond,
ce qui constitue le "consentement éclairé"
que l'on souhaite obtenir de nos jeunes patients est l'instauration
d'une ouverture à cette sorte de travail. Il ne s'agit
pas tant d'un accord intellectuel, mais du consentement à
l'intimité émotionnelle qui sera la matière
même de la thérapie. Ces jeunes peuvent être
plus ou moins enthousiastes, mais si l'on ne sent pas quelqu'évidence
d'un désir de comprendre - qui peut d'ailleurs initialement
se limiter au désir d'être compris, ce qui n'est
pas du tout la même chose que se comprendre soi-même
(Steiner, 1993) - on risque alors de ne pas avoir un gros impact
thérapeutique.
Les objectifs de notre évaluation
sont les suivants :
- Déterminer s'il y a quelqu'un qui pourrait avec fiabilité
soutenir le traitement de l'enfant - parents ou professionnel
dont le rôle peut se substituer à celui des parents
- ou, dans le cas des adolescents, un aspect plus mature de la
personnalité de celui-ci qui pourrait prendre la responsabilité
de soutenir un traitement dans la durée.
- Décrire l'état d'esprit de l'enfant, et fournir
une première formulation de l'état de ses relations
d'objets internes, en tenant compte à la fois des difficultés
développementales (déficits) et des conflits et
systèmes de défense internes.
- Décrire la contribution des facteurs internes et externes,
et établir des liens avec les autres soignants afin de
définir les priorités à la lumière
de l'équilibre d'ensemble (par exemple, travail avec les
parents en priorité ; urgence du besoin qu'a l'enfant de
traitement individuel ; travail avec l'école ou les services
sociaux nécessaire, en parallèle ou en préalable
à la psychothérapie).
- Clarifier et recommander l'action attendue d'autres services
pour répondre aux besoins de santé mentale de l'enfant
et faire bon usage des ressources de l'équipe pluridisciplinaire
; par exemple, un avis psychiatrique si nécessaire, une
évaluation pédagogique si nécessaire.
- Décrire la capacité probable du patient à
tirer profit de la psychothérapie psychanalytique. Formuler
une opinion sur le bien fondé d'une telle intervention
et en recommander la modalité (individuelle, groupale,
familiale), ainsi que l'intensité et la durée optimale
du traitement demandé.
- Etablir, en matière de description clinique, une base
de départ claire à partir de laquelle on pourra
noter les changements à venir. Le processus de contrôle
et de recueil des données, d'une manière qui facilite
les possibilités de recherche, doit ordinairement faire
partie de la pratique de l'évaluation. Les systèmes
de classification psychiatrique qui mettent l'accent sur des phénomènes
d'un autre ordre n'ont qu'une utilité limitée pour
clarifier le potentiel en matière de traitement psychothérapeutique.
Il y a beaucoup à faire pour affiner les catégories
cliniques basées sur la dynamique et contribuer ainsi à
une "meilleure pratique".
- Avoir offert à l'enfant/la jeune personne/la famille
une expérience thérapeutique qui contienne la douleur
psychique et maintienne l'espoir, et qui ne repète pas
involontairement le traumatisme en recréant le manque environnemental
précoce.
- S'assurer que la période d'évaluation a été
suffisante pour permettre le processus de perlaboration de ce
que l'on propose avec l'enfant, les parents et toute autre figure
importante, comme par exemple les travailleurs sociaux. Une réunion
au moins sera nécessaire pour faire le point sur le processus
et l'issue des séances d'évaluation. Dans certains
cas, de telles réunions seront nécessaires pour
ponctuer une longue et complexe période de travail. La
famille a souvent besoin de temps pour réfléchir
à ce qu'on lui propose avant de s'engager. Des décisions
prises trop facilement ou rapidement entraînent souvent
des difficultés qui vont survenir au cours de la thérapie
et nuire au bien-être de l'enfant. Cela vaut toujours la
peine de se donner le temps qu'il faut pour obtenir un consentement
véritable. Le processus d'évaluation peut être
comparé à la constitution de bonnes fondations qui
assurent aux bâtiments stabilité et durabilité.
A titre indicatif, les chapitres qui suivent
ont été regroupés en quatre sections. Le
lecteur trouvera néanmoins des recoupements entre les sections,
conséquence inévitable du travail que l'on décrit.
L'évaluation d'un adolescent qui se présente à
la Clinique comme le membre unique d'une famille, ou qui n'a peut-être
pas un grand sentiment d'être en lien avec une famille,
doit se faire en tenant compte de l'enfant qui a grandi et est
devenu la personne que l'on a maintenant devant soi. De même,
les troubles des enfants et des adolescents peuvent nous renseigner
sur les conflits et les inquiétudes de leurs parents. L'intense
flot de sentiments entre enfants et parents, qui perdure souvent
toute la vie, est en partie une expression des transferts au sein
de la famille (Harris & Meltzer, 1986). Ceux-ci ne sont nullement
unidirectionnels. Les capacités d'attention et de souci
pour autrui que l'on associe à la fonction parentale peuvent
être observées chez des enfants envers leurs parents
et leur fratrie, parfois lorsque les figures parentales elles-mêmes
ne font guère dans ce que l'enfant pourrait espérer
d'elles. La préconception (Bion, 1962) d'une personne réceptive
et attentionnée - le "bon objet" de la psychanalyse
- semble parfois survivre aux expériences nocives ; inversement,
la difficulté à tirer bénéfice de
bons soins peut se comprendre comme une conséquence de
la domination d'attentes internes malignes.
Enfin, il faut le dire, l'opportunité
d'entreprendre un travail d'exploration initiale avec un enfant
peut être une expérience très spéciale.
Pour le clinicien, la fraîcheur des premières communications
d'un enfant fait du travail d'évaluation un privilège
et est une source d'intérêt extraordinaire. L'angoisse
à l'idée de faire face à l'inconnu est compensée
par le plaisir de la découverte et l'opportunité
d'un nouveau départ. Une bonne séance d'évaluation
peut être une expérience créative cruciale
pour un enfant perturbé.