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Collection Psychanalyse
Impensables Tourmentes
Murray Jackson et Paul Williams
Préface du Dr Pierre Delion
Traduction d'Elisabeth BarangerUne Quête du sens dans la psychoseParution : 2004 Format : 16X24cm 210 pages Au sein de la «Salle 6» du Maudsley Hospital (Londres), les patients bénéficiaient d’une prise en charge intégrée, associant des soins psychiatriques et psychologiques fondés sur l’utilisation de conceptions psychanalytiques de pointe sur la psychose. Un matériel clinique passionnant, comprenant des entretiens approfondis menés par Murray Jackson, contribue à éclairer le sens de maladies telles que la schizophrénie paranoïaque, la catatonie, l’anorexie psychotique et la psychose maniaco-dépressive.
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IMPENSABLES TOURMENTES
Une Quête du Sens
dans la Psychose
4ème de couverture
Murray Jackson et Paul
Williams proposent au lecteur un
condensé de nombreuses années de travail dans une
unité de soins du Maudsley
Hospital (Londres), la "Salle
6". Au sein de ce service, les patients bénéficiaient
d'une prise en charge intégrée, associant des soins
psychiatriques et psychologiques fondés sur l'utilisation
de conceptions psychanalytiques de pointe sur la psychose. Un
matériel clinique passionnant, comprenant des entretiens
approfondis menés par Murray Jackson, contribue à
éclairer le sens de maladies telles que la schizophrénie
paranoïaque, la catatonie, l'anorexie psychotique et la
psychose maniaco-dépressive.
"Le sens est bien souvent redouté par le patient
psychotique dont la priorité est d'être soulagé
de sa souffrance psychique et des sentiments de persécution
qu'il éprouve, et c'est l'auteur et son équipe soignante
que nous voyons lutter pour comprendre. C'est la volonté
de persévérer dans cette quête qui rend ce
livre si impressionnant, et permet au lecteur d'en ressortir avec
la capacité de rendre les tourmentes impensables
un peu plus pensables." Dr John
Steiner
"Gageons que ce livre, puissant par
son contenu et l'éthique professionnelle qu'il y déploie,
et politique par les points de vue humains qu'il défend,
rejoigne les indispensables ouvrages écrits au service
des patients psychotiques, et contribue à tous ces ponts
psychiques que les auteurs appellent de leurs voeux." Pr Pierre Delion
224 pages 16 x 24 cm 23,50
Euros
ISBN 2-912186-21-8
Avant-propos :
John Steiner
Préface de l'édition française :
Pierre Delion
Traduction :
Elisabeth Baranger
Illustration de couverture : "Autoportrait", tableau de Toma, peintre à Belle-Ile-en-Mer
Sommaire
Présentation des auteurs Préface à l'édition française Pr Pierre Delion Avant-propos Dr John Steiner Préface Dr Murray Jackson
- Introduction
- Chap.1 Schizophrénie paranoïaque
: "La radio m'aime"
- Chap.2 Immolation par le feu chez un schizophrène
: Quel soi ?
- Chap.3 Personnalité psychotique
: "J'ai quelque chose d'un voyou"
- Chap.4 Catatonie 1 : Anorexie psychotique
- Chap.5 Catatonie 2 : Imitation du Christ
- Chap.6 Psychose maniaco-dépressive
- Chap.7 Le cadre thérapeutique
- Chap.8 Intégration
- Glossaire
Bibliographie Index général
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IMPENSABLES TOURMENTES Une Quête
du Sens dans la Psychose
Préface à l'édition
française
Professeur Pierre Delion
"Les "impensables tourmentes"
de notre titre, tiré d'un poème de Yeats, sont une
métaphore des tourments qui ravagent l'esprit psychotique
et signifient l'engloutissement immédiat et dévastateur
de l'esprit de raison".
C'est ainsi que les auteurs justifient le
titre de leur ouvrage ; qu'il me soit permis de dire que c'est
aussi sous ce signe qu'ils vont placer l'ensemble de leur livre
: témoigner du fait que, malgré beaucoup de propos
peu amènes et de théorisations inexactes, les thérapeutes
d'inspiration psychanalytique peuvent (et doivent, me semble-t-il)
aider les patients psychotiques à donner du sens à
leur existence si difficile et, par ce biais, permettre aux autres
thérapeutes de les aider à aller vers une stabilisation,
une amélioration, une guérison de leur état
morbide. Car enfin, il s'agit d'un livre sur les psychoses chroniques,
et notamment sur la plus connue d'entre elles, la schizophrénie,
qui pose les questions qui doivent se poser à cette occasion.
Non pas comme la plupart des soignants le croient encore : est-ce
vraiment possible, docteur, de faire quelque chose de psychothérapique
pour ces pathologies graves ? Mais plutôt, comme quelques
uns des thérapeutes qui ont eu le courage de s'aventurer
dans ces contrées lointaines : puisque c'est possible,
comment mener la cure de tels patients ?
Et l'ouvrage de ces deux courageux pionniers, Murray Jacksonet Paul
Williams, va nous raconter l'aventure
de leurs modalités de travail autour de ce concept central
pour eux : permettre une prise en charge, quand c'est possible,
des patients psychotiques, même les plus gravement atteints,
selon certaines conditions méthodologiques qu'il suffit
de mettre en place, de cerner puis de décrire.
Mais à l'instar d'autres auteurs qui s'y sont lancés
avec une grande propension narcissique - je pense par exemple
au livre de Rosen sur "l'analyse directe" qui m'a beaucoup
intéressé lorsque je l'ai lu, mais qui ne fait état
que des réussites éphémères du traitement
de patients lors de sessions courtes -, cette aventure pourrait
paraître douteuse si elle n'était pas pétrie
en permanence par ce sentiment qu'on ne retrouve que chez les
grands chercheurs : être capable non seulement de raconter
ce qui marche bien dans la manière de procéder,
mais également ce qui est problématique voire carrément
en impasse. C'est ainsi que les deux co-auteurs, qui parlent d'ailleurs
très souvent de l'équipe infirmière sans
laquelle leur travail n'aurait pu aboutir, vont nous narrer plusieurs
histoires cliniques exemplaires de leurs méthodes de prise
en charge psychothérapeutique. Je ne vais pas les reprendre
ici en détail, je laisse au lecteur le soin et le plaisir
de les découvrir lui-même, mais j'y ai trouvé
quelque chose qu'on ne retrouve pas si souvent dans les histoires
cliniques des psychanalystes, des indices permanents et nombreux
de la gravité des troubles psychopathologiques présentés
par les patients en question, montrant à l'envi qu'il ne
s'agit pas de pathologies borderline, mais bien dans tous les
cas, de personnes présentant le plus vraisemblablement
une pathologie psychotique grave et ancienne et décompensant
sur un mode qui pour être aigu, n'en est pas pour autant
réglé dans les quarante-huit heures suivantes par
une hospitalisation en urgence et quelques injections de neuroleptiques
incisifs. Et chaque histoire va faire l'objet d'un récit
qui est le résultat d'entretiens enregistrés avec
l'autorisation éclairée du patient. On voit bien
à ce seul sujet l'honnêteté intellectuelle
des auteurs qui parlent du moment favorable au cours duquel ils
pourront valablement recueillir l'autorisation du patient pour
l'utilisation de leurs enregistrements. Ces enregistrements entre
le patient, l'infirmier référent et le psychanalyste,
montrent le talent particulièrement évident de Murray
Jackson dans la conduite des entretiens sur le mode psychanalytique,
ainsi que son expérience ancienne à la fois de la
psychothérapie des psychoses et de la pratique des groupes
thérapeutiques. Mais la gageure ne s'arrête pas là,
puisqu'à la suite de ces entretiens, les enregistrements
des réunions de travail entre le psychanalyste et les soignants
de l'unité font également l'objet de retranscriptions
qui donnent une idée de la manière dont se déroule
le travail dans une institution, et non des moindres, la Salle
6 du Maudsley Hospital à Londres. Je rappelle que pour
moi, suivant en cela un de mes maîtres, François
Tosquelles, "institution" n'est pas réductible
à "établissement". Bien sûr le Maudsley
Hospital est un "établissement" internationalement
bien connu pour plusieurs raisons que je ne reprendrai pas ici.
Mais si je parle de la Salle 6 comme d'une "institution",
c'est à dessein pour préciser qu'il s'agit d'un
service, et plus précisément encore, d'une équipe
soignante dirigée médicalement, qui a pensé
et organisé les choses de telle sorte que l'hospitalisation
en son sein permette d'amener le patient qui y arrive, à
bénéficier des soins selon un projet psychothérapique
qui n'est pas laissé au seul hasard, mais est l'objet de
profondes et longues réflexions "institutionnelles".
Dans ce sens, l'institution qui accueille ces patients, va tout
faire pour devenir l'institution de ce patient, et non soumettre
le patient aux seules finalités administratives de son
fonctionnement entropique. Ceux qui travaillent dans de telles
conditions savent à quel monstre du Loch Ness bureaucratique
je fais allusion Car nous y voilà, le récit dont
il est question dans ce livre est celui de la "psychothérapie
institutionnelle à l'anglaise". Enfin, des psychothérapeutes
de personnes psychotiques, et non des moindres, sortent de leur
réserve et parlent des institutions avec lesquelles ils
peuvent arriver à soigner de telles malades avec quelque
chance de réussite. Depuis des lustres nos amis anglais
et notamment ceux qui ont été formés dans
la suite de Melanie Klein, nous ont appris énormément
sur la psychothérapie des psychoses, mais une certaine
pudeur leur faisait laisser la question institutionnelle dans
l'ombre. Bien sûr il y a eu Bion qui a écrit sur
les petits groupes, Rickmann, Ezriel, et beaucoup d'autres qui
se sont livrés à l'étude des effets du groupe
sur la prise en charge des patients psychotiques et autistes,
parmi lesquels Salomon Resnik, au cours de son existence londonienne,
figure en bonne place. Mais dans la plupart des cas, aucun mot
sur ce qui se passe entre les séances de psychothérapie.
Je pense depuis longtemps que les dérives antipsychiatriques
y sont peut-être pour quelque chose. Mais là n'est
pas notre sujet.
Ce livre raconte les histoires cliniques
de plusieurs patients, Sally ou la radio m'aime, Anthony ou l'immolation
par le feu, Rick le footballeur, Carmen la catatonique, Susanna
l'anorexique, David le séminariste, Nicola la psychose
maniaco-dépressive et quelques autres, avec, à chaque
fois, un ou plusieurs entretiens suivis des réunions institutionnelles
d'élaboration/perlaboration du cas traité. Mais
ce qui est notable, et l'indice d'une grande expérience
de psychothérapeutes de psychoses, c'est la manière
dont à chaque fois, la prise progressive de sens vient
éclairer non seulement le lecteur, mais surtout le patient
lui-même. Et l'on voit avec une grande précision
comment opèrent les mécanismes de l'élucidation
psychopathologique d'abord dans le contre-transfert, puis dans
le transfert. Et je crois que c'est précisément
dans ce travail ainsi mené que se situe la psychothérapie
institutionnelle, en ce qu'elle permet au patient de mettre en
scène dans "son" institution, comme dans une
sorte de psychodrame généralisé, sa dramaturgie
intérieure, ses "impensables tourmentes", pour
en recevoir dans un second temps, après intégration
par les soignants et en premier lieu par le psychanalyste, mais
pas seulement lui, une proposition de "sens" que le
patient lui-même ne pouvait qu'entre-apercevoir, dans les
bons cas, et dont nous mesurons, à la lecture de ce texte,
tout ce que ce sens peut apporter comme réconfort au patient
depuis si longtemps en désarroi profond. Il s'agit d'une
forme adaptée à la psychose chronique de ce dispositif
décrit par Bion de la "fonction alpha" transformatrice
des "éléments bétas" par la psyché
maternelle, transposé à l'institution et à
sa capacité de penser ensemble le contre-transfert d'un
patient psychotique donné. Je propose également
de recourir à trois fonctions phoriques, sémaphoriques
et métaphoriques pour avancer dans la compréhension
de ces énigmes autistiques et psychotiques sur la scène
institutionnelle : la "fonction phorique" consiste à
proposer un cadre contenant et soutenant de la pensée du
patient en déshérence délirante au sein duquel
il va projeter ses productions délirantes, nous mettant
en demeure de devenir les dépositaires de ses messages
pathologiques, fonction de porteurs de signes, "fonction
sémaphorique", et de les lui mettre en sens quand
cela est possible, "fonction métaphorique". D'ailleurs
les auteurs utilisent d'une certaine façon cette structure
de pensée, puisque pour eux,
"le réveil de ces modes de pensée primitifs
révèle une pensée littérale, concrète,
non-symbolique, centrée sur l'action, qui possède
la qualité de "métaphore implicite". En
tant que telle, elle est porteuse d'espoir et offre l'opportunité,
sous réserve d'un noyau sain résiduel suffisant
chez le patient et d'une assistance thérapeutique adéquate,
d'atteindre un niveau d'intégration et de fonctionnement
à partir de ce matériau rudimentaire, mais au moins
accessible."
Mais Jackson et Williams insistent sur le
cadre éthique dans lequel cette psychiatrie humaine doit
prendre place et ils livrent leur credo en quatre points. Je crois
important de reprendre ici littéralement cette citation,
pour montrer à quel point leur oeuvre a valeur générale
dans le paysage contemporain :
"Tous les patients, quel que soit leur diagnostic, ont droit
à la meilleure évaluation possible de leur état
psychique, et de leurs atouts et faiblesses.
Tous les patients ont le droit d'être écoutés
et compris au niveau le plus profond possible. Les concepts psychanalytiques
tels que fantasme inconscient, conflit, mécanisme de défense
psychique, processus primaires de pensée, transfert, contre-transfert
et compulsion de répétition, facilitent cette compréhension.
Les motivations destructrices doivent être distinguées
de l'agressivité à visée d'autoconservation,
et les pulsions constructives, réparatrices, doivent être
reconnues pour telles.
Les troubles de l'expérience et du comportement prennent
sens par rapport à la vie intérieure et extérieure
du patient. Les aspects biologiques du trouble doivent être
pris en compte, mais les efforts pour comprendre les difficultés
émotionnelles du patient jouent un rôle central dans
l'établissement du projet thérapeutique.
Tous les patients, quel que soit leur diagnostic, doivent être
présumés candidats potentiels à une psychothérapie
individuelle et/ou groupale jusqu'à preuve du contraire.
La majorité des patients, dont beaucoup ne sont pas accessibles
à la psychothérapie, bénéficient d'une
forme ou une autre de traitement psychologique, et fréquemment
d'une approche psychodynamique."
Suivent un certain nombre de considérations sur la manière
dont il convient de tenir compte des processus d'attachement et
de séparation des équipes infirmières, afin
d'aider les soignants quels que soient leurs statuts, à
faire-avec ce transfert si particulier des personnes psychotiques.
Le dernier chapitre est consacré
à une notion centrale dans l'approche des auteurs, celle
de l'intégration. Je rappelle d'ailleurs que l'homonyme
d'un des auteurs, Hughlings Jackson (1835-1911) a autrefois élaboré
une théorie générale de l'intégration
hiérarchisée du système nerveux humain, qui
a exercé une profonde influence sur la psychiatrie, notamment
par le biais de Henri Ey. Mais il s'agit ici d'une "intégration"
encore plus ambitieuse :
"Notre objectif en écrivant ce livre était
de démontrer l'intérêt d'une approche psychanalytique
dans la compréhension et le traitement des troubles psychotiques,
et de souligner l'importance d'établir un contact émotionnel
aussi précoce que possible avec l'individu souffrant ()
Un projet thérapeutique pourra dès lors être
formulé et mis en oeuvre en fonction des besoins et des
capacités du patient, qui peuvent varier dans le temps.
Un tel projet coordonne des approches psychodynamique, psychosociale,
neurobiologique et pharmacologique, de sorte que chacune occupe
sa juste place au sein d'une appréhension globale et souple
des problèmes du patient."
Ils développent l'idée que chacune de ces disciplines
citées s'appuie sur des hypothèses pour penser son
intervention dans le domaine de la psychose, mais qu'aujourd'hui
la plupart des chercheurs de ces champs complémentaires
restent malheureusement en opposition idéologique. Passant
en revue un grand nombre des recherches intégratives en
psychiatrie, les auteurs se référent principalement
aux travaux et aux expériences finnoise promues en leur
temps par Alanen et al., un des fondateurs avec Benedetti et d'autres,
de l'International Symposium of Psychotherapia of Schizophrenia.
Les notions de psychiatrie de secteur qui sont issues de telles
réflexions intégratives, sont justement réhabilitées
comme alternatives aux prises en charge hospitalo-centriques aliénantes.
On peut regretter à cette occasion également que
les auteurs ne citent à aucun moment les expériences
françaises, et plus précisément tout le mouvement
de la Psychothérapie institutionnelle avec Tosquelles,
Oury et quelques autres, mais aussi celles qui sont relatées
par "Le psychanalyste sans divan" de Racamier et al,
qui sont antérieures à ces réalisations finlandaises,
et qui montrent que l'intégration a aussi ses limites,
et notamment celles des langues. Dans ce domaine, les expériences
françaises ont évidemment un énorme handicap
pour se faire connaître par les anglophones, et contribuer
avec eux à améliorer encore la résolution
des problèmes posés. Mais si les auteurs signalent
les désaccords théoriques entre les psychiatries
divergentes contemporaines, ils insistent sur les liens à
tisser aujourd'hui entre eux pour conserver un minimum de forces
disponibles au service du patient psychotique : en effet, pour
eux,
"... il s'avérerait plus simple de jeter des ponts
entre les théoriciens plutôt qu'entre les théories...
[Et] intégrer les modalités thérapeutiques
disponibles pour aider les patients sévèrement perturbés
sur le plan psychique créerait une complémentarité
bienvenue."
Gageons que ce livre, puissant par son contenu
et l'éthique professionnelle qu'il y déploie, et
politique par les points de vue humains qu'il défend, rejoigne
les indispensables ouvrages écrits au service des patients
psychotiques, et contribue à tous ces ponts psychiques
que les auteurs appellent de leurs voeux.
Pierre
Delion – Lille (août 2004)
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