SCIENCES HUMAINES
PSYCHOLOGIE
PSYCHANALYSE
TAVISTOCK CLINIC
OBSERVATION DU NOURRISON
EDITIONS DU HUBLOT
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Collection Psychanalyse
L'Appréhension de la Beauté
Donald Meltzer et Meg Harris Williams
Préface du Pr Didier Houzel
Traduction de David AlcornLe conflit esthétique – Son rôle dans le développement, la violence, l'artParution : 2000 Format : 16X24cm 256 pages La thèse fondamentale du conflit esthétique peut être énoncée en termes de l’impact esthétique de l’extérieur de l’objet, accessible aux organes des sens, face à l’intérieur énigmatique de l’objet, qui doit être interprété et élaboré par l’imagination créative. Les auteurs l’étudient ici selon trois axes : le développement de la personnalité, la violence en tant que phénomène interpersonnel et social, et l’art en tant qu’engagement à la fois actif et réceptif.
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L'APPRÉHENSION
DE LA BEAUTÉ
Le Rôle du Conflit
Esthétique dans le Développement, la Violence, l'Art
4ème de couverture
La thèse fondamentale du conflit
esthétique peut être énoncée en termes
de l'impact esthétique de l'extérieur de l'objet,
accessible aux organes des sens, face à l'intérieur
énigmatique de l'objet, qui doit être interprété
et élaboré par l'imagination créative. Elle
est étudiée dans L'Appréhension de la Beauté selon trois axes : le développement de la
personnalité, la violence en tant que phénomène
interpersonnel et social, et l'art en tant qu'engagement à
la fois actif et réceptif.
Les idées développées
par les auteurs ont leurs racines psychanalytiques chez Freud, Melanie Klein et
Wilfred Bion, mais elles trouvent aussi
leur inspiration dans la littérature anglaise Shakespeare, Milton, Keats, Wordsworth,
Coleridge et Blake
et chez les philosophes Platon,
Russel, Whitehead, Wittgenstein, Langer, Cassirer, et en matière d'esthétisme, chez Adrian Stokes.
"Meltzer se situe dans la ligne de Bion en donnant comme
but à l'analyse la recherche de la vérité
psychique, mais il croise l'axe vérité/contrevérité
psychique avec l'axe beauté/dégradation de l'objet,
en faisant sienne cette maxime de Keats :
'Beauté,
c'est Vérité, Vérité, c'est Beauté'."
-
Professeur
Didier Houzel Psychiatrie de l'Enfant
et de l'Adolescent, CHU de Caen.
Après avoir achevé
sa formation de psychanalyste sous l'égide de Melanie Klein,
Donald Meltzer va travailler en étroite collaboration
avec Wilfred Bion, Roger
Money-Kyrle, Esther Bick et Martha Harris son épouse,
et enseigner à la Tavistock Clinic pendant plus de vingt
années ainsi qu'à l'Institut de Psychanalyse ; il
donne encore aujourd'hui de nombreuses lectures et conférences
à travers le monde.
Fille aînée de Martha Harris,
Meg Harris Williams est une
femme de lettres de talent, auteur de plusieurs ouvrages sur le
théâtre et la poésie anglaise, et d'articles
sur l'oeuvre de Wilfred
Bion.
Traduction : David Alcorn
Préface (édition française) :
Didier Houzel
Illustration de couverture : Fragilité Christian
Halna du Fretay (Pont-Scorff, Morbihan)
256 pages 16 x 24 cm 22,56
Euros
ISBN 2-912186-11-0
Sommaire
Préface à l'édition française Didier Houzel Introduction
- Chap.1 L'appréhension de la beauté
- Chap.2 Le conflit esthétique :
Son rôle dans le processus du développement
- Chap.3 A propos des premières impressions
- Chap.4 De la réciprocité
esthétique
- Chap.5 Le rôle du père au
cours du développement précoce
- Chap.6 Le problème de la violence
- Chap.7 Le "pays inconnu" : La
forme du conflit esthétique dans Hamlet
- Chap.8 La place du conflit esthétique
dans le processus analytique
- Chap.9 Se défaire du conflit esthétique
: Cynisme, perversité et vulgarisation du bon goût
- Chap.10 Retrouver l'objet esthétique
- Chap.11 "Tenir le rêve"
: La nature de l'appréciation esthétique
- Chap.12 Les ombres de la caverne et le
message écrit sur le mur
- Annexe 1 A propos des bases sociales de
l'art
- Annexe 2 L'absence de mentalisation :
Échec et renversement de la fonction-alpha comme modèle
de la relation entre les manifestations psychosomatiques, l'hyperactivité
et l'hallucinose
Bibliographie
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L'Appréhension
de la beauté
Préface à l'édition
française
Professeur Didier Houzel
La traduction de "The Apprehension
of Beauty" viendra répondre à bien des
questions que se posent les analystes français qui connaissent
déjà les notions de "conflit esthétique"
et d'"objet esthétique", mais plus par ouï-dire
que par une connaissance directe de ce qu'en a dit leur inventeur,
Donald Meltzer. Pour beaucoup d'autres, elle sera l'occasion de
découvrir une toute nouvelle théorie métapsychologique
du développement de la psyché, en même temps
qu'un point de vue renouvelé sur la conduite de la cure.
C'est le propre d'un esprit créatif de nous apporter, non
une révélation qui ne s'enracinerait dans rien de
connu, mais un nouveau regard sur ce que l'on côtoyait jusque
là. La pensée de Meltzer s'enracine dans la découverte
freudienne, dont elle suit scrupuleusement la dynamique profonde
à la conquête de la réalité psychique
irréductible à toute autre réalité
et distinguable de la réalité physique. Elle emprunte
la voie explorée, à la suite de Freud, par Karl
Abraham et approfondie par Melanie Klein de la théorie
de la relation d'objet. Elle s'appuie sur les développements
de Wilfred Bion, notamment sa théorie de la pensée.
Mais, au bout de ce chemin, elle débouche sur un tout nouveau
paysage, que les auteurs nous invitent à contempler sous
différents angles : les angles étroits mais profonds
de la théorie et de la technique analytiques, l'angle élargi
de la "métapsychologie élargie" (1) avec
les beaux chapitres de Meg Harris Williams consacré à
la critique littéraire. Grâce à un réarrangement
soudain, qui fait penser à ceux qu'étudie la Théorie
de la Forme, le monde psychique prend sous nos yeux étonnés
de nouveaux contours et nous apparaît avec un relief jusque
là insoupçonné.
Comme toute science, la psychanalyse a été
lente à conquérir son espace propre et à
forger ses outils. S'il est vrai que c'est toujours par une rupture
épistémologique, au sens de Gaston Bachelard, que
se fonde une nouvelle science, il y a souvent une longue distance
de la rupture fondatrice à la maturité qui donne
l'assurance aux chercheurs de se situer dans un domaine de l'expérience
humaine clairement défini et d'y appliquer la méthode
d'exploration spécifique que ce domaine réclame,
sans confusion ni réductionnisme. La psychanalyse est encore
loin, sans doute, d'avoir achevé cette croissance, l'avancée
que nous propose ici Donald Meltzer est considérable. Freud
a opéré la rupture fondatrice lorsqu'il a compris,
avec l'analyse de Dora, que l'exploration du psychisme visait
l'impact sur la psyché de l'observateur (le psychanalyste)
de celle du sujet observé (le patient), impact qu'il a
décrit à l'aide des notions conjuguées de
transfert et de contre-transfert. Il a ainsi défini l'axe
dynamique autour duquel s'organise toute aventure psychanalytique.
La révolution épistémologique, qu'il a opéré
pour la science du psychisme, était équivalente
à celle proposée par Kant pour les sciences de la
nature : les choses en soi (noumènes) sont inconnaissables,
nous ne pouvons en appréhender que ce que nous en laisse
percevoir nos sens, les phénomènes. Les organes
des sens sont les intermédiaires obligés entre nous
et le monde. La conscience, conçue comme l'organe de perception
de la réalité psychique, est, nous dit Freud, le
truchement incontournable entre notre entendement et la réalité
psychique, en soi inconnaissable et à jamais inépuisable.
Désormais, tout positivisme étroit, déjà
condamné dans les sciences de la nature, devrait a fortiori
être écarté de la science de l'âme.
Il ne semble pas, cependant, que Freud ait perçu toutes
les implications de cette rupture épistémologique.
Sans doute était-il trop imprégné du point
de vue positiviste que la science du xixe siècle avait
adopté, malgré la révolution kantienne. Sans
doute, aussi, fallait-il l'épreuve du temps et de la succession
de générations d'analystes pour dégager peu
à peu la métapsychologie de son socle biologique
afin de lui donner sa pleine autonomie.
C'est dans la direction d'une complète
émancipation de la nouvelle science que se sont engagées
les recherches de Melanie Klein, qui, à la suite de Karl
Abraham, a choisi l'axe de la relation d'objet comme spécifiant
le niveau d'exploration de la psychanalyse. En cela, elle empruntait
la voie centrale du transfert et du contre-transfert, tels que
Freud les avait décrits, mais en en tirant toutes les conséquences
théoriques et techniques. Cependant, à deux reprises
au moins, elle fait appel à des notions extérieures
au champ de la psychanalyse : lorsqu'elle introduit le concept
d'envie primaire dont elle fait une donnée constitutionnelle
et quand elle rend compte du passage de la position schizo-paranoïde
à la position dépressive. Elle a, en effet,
besoin de se référer à un développement
cognitif de l'enfant qui ne s'appuie pas sur un modèle
métapsychologique pour expliquer la nécessité
où il se trouve de réduire les clivages de la position
schizo-paranoïde lorsqu'il prend conscience du fait que le
sein ou la mère qu'il avait clivés en bons et mauvais
objets ne sont qu'un seul et même objet ; ainsi s'opérerait,
pour elle, le passage vers la position dépressive.
Bion fait un pas de plus pour affranchir
la métapsychologie de ses étayages extérieurs
en proposant une théorie du développement de la
pensée qui ne doit plus rien à un apprentissage
de type cognitiviste. C'est au sein de la relation à l'objet
que la pensée s'organise peu à peu par des processus
de transformation de l'angoisse. Il garde, cependant, une référence
extrinsèque au champ d'exploration de la psychanalyse en
postulant une capacité constitutionnelle plus ou moins
grande à tolérer la frustration. Il a fallu attendre
Donald Meltzer et sa théorie du conflit esthétique
pour avoir enfin un modèle purement métapsychologique
de la formation du symbole et du développement de la pensée.
Il est remarquable que ce modèle ait découlé,
précisément, de la prise en compte des données
issues des organes des sens. Mais, cette fois, ils ne sont plus
considérés en tant que médiateurs entre le
sujet et le monde physique qui l'environne, mais en tant qu'organe
de perception des qualités de l'objet libidinal. Ils participent
dès lors à cette fonction, dévolue par Freud
à la conscience, d'intermédiaires entre l'entendement
et la réalité psychique pour autant que celle-ci
se déploie non seulement au sein d'un appareil psychique,
mais aussi au sein d'une relation d'objet. Ce nouveau regard
sur la sensorialité imprègne la pensée de
Meltzer depuis ses Explorations dans le Monde de l'Autisme
(2), qui l'ont conduit vers la découverte d'un monde sans
épaisseur, donc sans intériorité, tout en
surface, où s'étalent, juxtaposées, des expériences
sensorielles disparates, qui relient un Moi démantelé
à un objet bidimensionnel. La théorie du conflit
esthétique semble découler d'une réinterprétation
des découvertes de 1975 à la lumière des
théories de Bion, dont l'auteur avoue qu'elles ont pénétré
tardivement dans sa pièce de consultation. Toute relation
d'objet suppose à l'origine cet impact des stimulations
sensorielles venant de l'objet sur le Self naissant. L'originalité
profonde de la pensée de Meltzer est tout d'abord de supposer
que cet impact a un effet esthétique, ce qu'il étaye
très largement sur du matériel psychanalytique et
en particulier du matériel de rêve et, ensuite, qu'il
est d'une violence telle qu'il suscite une tension intolérable
s'il n'est pas relayé par un mode de relation à
l'objet, qu'il appelle relation d'intimité. Cette relation
d'intimité permet une découverte progressive des
qualités internes de l'objet. En fait, plutôt qu'un
conflit, c'est un gradient que l'auteur nous dépeint :
le gradient entre l'intensité des qualités de surface
de l'objet (ses qualités sensorielles) et l'inconnue de
ses qualités internes (ses qualités psychiques).
"Est-ce que c'est aussi beau à l'intérieur
?" (3), telle est la phrase qu'il a prêtée,
dans une conférence donnée à Paris, au bébé
subissant l'impact de l'objet esthétique. Cette interrogation
est le moteur de l'épistémophilie, qui pousse l'enfant
à explorer les qualités internes de l'objet de façon
à réduire le gradient d'inconnu à un niveau
supportable. Plus besoin dès lors de faire appel à
une prise de conscience de l'unicité de l'objet qui avait
été clivé, comme chez Melanie Klein. Plus
besoin non plus de faire appel à une tolérance innée,
plus ou moins importante, à la frustration comme chez Wilfred
Bion. La formation du symbole, le développement de la pensée,
prennent leur source dans des motifs intrinsèques à
la relation d'objet, avec certes des fortunes diverses. Tantôt
l'enfant se retire de la relation et s'enferme dans l'autisme
ou dans une autre forme de psychoses précoces, si les conditions
ne sont pas remplies pour qu'une découverte des qualités
internes de l'objet soit possible. Tantôt l'enfant peut
s'engager dans l'aventure de la relation d'intimité et
de l'exploration de l'intérieur de l'objet, sur laquelle
se fonde la constitution de son propre monde interne. Cependant,
même dans les cas les plus favorables, il ne le fait pas
sans à-coups ni sans reste. Pour atténuer l'impact
de l'objet esthétique, le Moi procède par clivages
et projections évacuatrices, mécanismes constitutifs
de la position schizo-paranoïde, qui n'est plus primaire
comme dans le modèle de Melanie Klein, mais secondaire
à une position dépressive primaire liée à
l'impact de l'objet esthétique. Ces mécanismes prennent
une nouvelle signification : dégrader l'objet, réduire
ou détruire sa beauté excessive.
Je laisse au lecteur le soin de découvrir
plus avant le contenu de la théorie complexe de l'auteur
dans la remarquable traduction qu'en a fait David Alcom qui, outre
ses qualités de traducteur, a l'incomparable avantage de
connaître intimement la pensée de Meltzer dont il
traduit régulièrement les conférences à
Paris. Le texte présenté ici au lecteur francophone
par les Editions du Hublot associe une rare qualité d'élaboration
métapsychologique, fortement étayée sur de
nombreux exemples cliniques, à des qualités stylistiques
qui en font parfois un poème en prose. Cet aspect du texte
de Donald Meltzer et de son co-auteur, Meg Harris Williams, ne
doivent pas être considérés comme accessoires.
Il répond à un souci profond des auteurs, celui
d'inclure dans les références éthiques de
la psychanalyse la valeur esthétique. Meg Harris Williams,
critique littéraire réputée, a ajouté
à la richesse du livre en rédigeant un chapitre
sur Hamlet et un chapitre sur la théorie de la création
artistique, qu'elle décrit comme la recherche d'une congruence
entre le monde intérieur, et notamment ses aspects émotionnels,
et des formes extérieures. Meltzer se situe dans la ligne
de Bion en donnant comme but à l'analyse la recherche de
la vérité psychique, mais il croise l'axe véritécontrevérité
psychique avec l'axe beautédégradation de l'objet,
en faisant sienne cette maxime de Keats :
"Beauté,
c'est Vérité, Vérité, c'est Beauté"
Didier Houzel
Paris, février 2000
(1) Traduction de "extended
metapsychology", expression contenue dans le titre d'un précédent
livre de Donald Meltzer (1986) Etudes pour une Métapsychologie Elargie (Editions du Hublot, 2006).
(2) Titre de la traduction française
de l'ouvrage de D. Meltzer et al. Explorations in Autism,
Perthshire, Clunie Press, 1975. Trad. fr. G. et M. Haag, L. Iselin,
A. Maufras du Châtellier, G. Nagler, Explorations dans
le Monde de l'Autisme, Paris, Payot, 1980.
(3) 'L'objet esthétique',
Rev. Franç. de Psychanal., 5/1985, 1385-1389 (trad.
fr. H. Bungener). |
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